Biréli Lagrène et  Charlier/Sourisse « Multiquarium Big Band »

Jouent la musique de Jaco Pastorius

Il y a 30 ans disparaissait tragiquement Jaco Pastorius, le plus grand bassiste de jazz-rock de tous les temps.

Soliste virtuose, il a influencé toute une génération de musiciens et reste aujourd’hui un artiste d’exception et une référence absolue. Que ce soit au sein du groupe Weather Report de Joe Zawinul, avec le guitariste Pat Metheny ou avec la chanteuse Joni Mitchell, Jaco Pastorius a marqué son temps.

André Charlier et Benoît Sourisse ont décidé de faire vivre à leur Big Band une idée en soi pour le moins hors norme à travers la musique d’un géant, Jaco Pastorius.  Ils ont pour cela invité Bireli Lagrène qui a partagé la scène et participé à plusieurs albums de Jaco et a souhaité faire revivre sa mémoire en reprenant, exclusivement à la basse électrique fretless, les titres majeurs de la carrière de Jaco. Le répertoire propose les titres des albums The Birthday Concert, Twins, Invitation, Word of Mouth et certains enregistrés lors de sa participation avec Weather Report.

Là où l’on aurait pu craindre un hommage plein de révérence et trop poli, on ressent profondément la fraicheur de l‘amour que chacun des protagonistes porte à un personnage dont le charisme demeure intact.

La musique de Jaco vit entre leurs mains avec une spontanéité et un enthousiasme communicatifs, un esprit collectif impressionnant la hisse au plus haut sommet.

Fantastique défi pour chacun des arrangeurs que de peindre en couleurs ces vibrantes compositions.

Ici pourtant, nulle pose, aucune volonté de se montrer.

Le talent se niche dans chacune des finesses qui fait entendre leur voix, qui jamais ne couvre celle de Pastorius, une sorte de transparent palimpseste.

Comme Charlie Parker, John Coltrane, Michael Brecker, Django, Pat Metheny, certains artistes ont malgré eux emporté dans leur sillage des générations de musiciens, parfois jusqu’à l’impasse, Jaco est de ceux-là … Il a bouleversé la musique de son époque et son influence est encore prégnante aujourd’hui.

Ce qui frappe chez Bireli Lagrène, c‘est le cœur avec lequel il endosse le costume de son héros

Il y a dans son approche une forme d’humilité qui nous touche immédiatement, quelque chose de l‘ordre de l ‘enfance. On en viendrait presque à oublier le formidable guitariste tant sa prestation de bassiste est ici époustouflante. Bireli nous trouble en redonnant vie à la musique de celui qui l’a tant impressionné. Fidèle et pourtant lui-même, il a en commun avec le natif de Fort Lauderdale cet appétit gourmand, cette unique manière de dévorer la musique et la vie, la célébration de l ‘instant et une force qui vient de loin.

On tend parfois à l’oublier, tant notre monde nous mène vers toujours plus de renouvellement, de présence et d’agitation, la sincérité doublée de talent et de constance est l’outil qui nous assure la longévité, le respect et l ‘admiration. Ces derniers sentiments nous submergent à l’écoute de cet album.